Carnet de voyage d'un Centralien parti étudier un semestre à l'IIT Delhi, puis faire un stage de césure de 6 mois à Delhi
7 Décembre 2015
Des rues larges et propres, des bâtiments britanniques : seul les couleurs sur les bus peuvent nous permettre de savoir que l'on se trouve bien en Inde ...
Mais où sommes-nous ? Avons-nous vraiment atterri en Inde ? Où sont nos repères habituels : ici, nous trouvons des rues larges, propres, et dans lesquels il est possible de circuler sans jouer des coudes … Pas de vaches, peu de pauvreté, de rares déchets … Et des trottoirs qui sont fait pour marcher ! La première impression de Kolkata aura été finalement dépaysante par le peu de dépaysement. Cette ville, présentée partout comme la ville indienne où les contrastes sont les plus visibles, où la misère et les bidonvilles côtoient littéralement la richesse et les belles bâtisses, nous a caché sa facette pauvre pour se présenter à nous comme une colonie britannique bien tenue, des bâtiments coloniaux en bon état et une circulation relativement peu chaotique. Sommes-nous devenus trop indiens pour remarquer la pauvreté ? Est-ce un signe d’indifférence ? Si tel était le cas, cela serait grave : il ne nous est pas permis, malgré tout l’amour que nous pouvons porter à ce pays, de se laisser aveugler et d’oublier les réalités bien présentes. Mais non, Aude – une amie de Louis qui s’est ajoutée à notre aventure 48h avant le départ – a eu le même ressenti, elle qui ne connaissait pas le chemin. Nous sommes sauvés. Mais cela ne change pas cette impression frustrante : celle de ne pas être en Inde, celle d’une ville qui nous ment en nous présentant sa bonne facette sans nous montrer son vrai visage …
En s'éloignant du centre-ville, nous retrouvons les rues indiennes comme je les connais, avec la foule, le désordre et les fils électriques en quantité !
Il a fallu s’éloigner du centre-ville touristique pour retrouver un peu de ce qui fait de l’Inde cette drogue si intense. Et la première chose qui m’a confirmé que j’étais bien en Inde n’est autre que les odeurs : quel plaisir de n’avoir besoin de marcher que vingt mètres pour sentir tour à tour des odeurs d’urine, d’encens, d’ordures puis d’épices … Puis il y a eu les rues grouillantes de monde, la main dans le dos qui pousse non pas par impolitesse mais bien dans l’optique d’aider la personne devant à avancer dans cette foule, et les slaloms entre les voitures et les vélos. Tous les repères étaient à proximité, et le sentiment dominant était bien celui-ci : se perdre un peu plus loin dans la ville permettrait sûrement d’enfin retrouver ce que l’on s’attendait à voir. Malheureusement, il aurait fallu quelques jours supplémentaires pour couvrir cet aspect moins touristique.
Pour l'anecdote, cette voie ferrée n'est absolument pas désaffectée. Un train y est passé trois minutes avant que je ne prenne cette photo ...
Nous avons tout de même eu droit à un aperçu de l’aspect sacré de la vache en Inde : alors que nous nous promenions sur des ghâts au bord de la rivière (un bras du Gange, celui-ci se divisant avant de se jeter dans la mer), observant les gens faire leur vaisselle, voire se baigner dans une eau d’une grande saleté, un élément a attiré notre regard : à quelques mètres de l’eau jonchait une vache, morte depuis quelques temps déjà à en juger par l’état de sa carcasse. Par-dessus, des corbeaux étaient en train de becqueter ce qu’il restait de chair et autour, des fleurs avaient été jetées. Il est inimaginable de déplacer la vache, et les gens préfèrent la laisser se décomposer et faire leur vaisselle à quelques mètres, un tissu sur le nez pour masquer l’odeur nauséabonde se dégageant de la carcasse …
Kolkata est tout de même une ville intéressante. Le touriste découvrant l’Inde sera peut-être déçu par un dépaysement visuel réduit : ici, les points d’intérêts touristiques sont des vestiges coloniaux et des églises, bien loin des palais du Rajasthan ou des temples du Sud, et donc loin de l’image que le visiteur se fait du pays. Cependant, Kolkata est une ville qui se sent, en se promenant dans les différents quartiers, en y passant du temps et non à travers des visites classiques. Et il faut probablement y rester plus longtemps que les quelques jours que nous avions pour bien s’imprégner de l’atmosphère. Malgré tout, je vais vous présenter à travers quelques clichés certains points d’intérêts.
Comme son nom l'indique, le Victoria Memorial Hall est un mémorial en l'honneur de ... la reine Victoria. C'est l'un des vestiges coloniaux les plus imposant, tout en marbre blanc. Autour, des jardins agréables et juste derrière, Maidan, un parc public étonnamment propre !
À Kolkata, il y a plus d'églises que de temples à visiter : une cathédrale et cette église, St John's Church, en sont l'illustration. Rien de bien exceptionnel à l'intérieur, mais voir des églises imposantes en Inde du Nord est une chose assez rare et qui mérite d'être soulignée. Des églises au centre du tourisme local plutôt que des temples, pas de doute, Kolkata se visite pour son passé colonial !
Le Flower Market est ouvert de jour comme de nuit et on y vend, bien entendu, des fleurs, principalement en guirlande. Il y a du monde partout et de nombreux "transporteurs" avec des sacs remplis de fleurs sur la tête qui essaient de se frayer un chemin. S'arrêter quelques secondes pour prendre une photo ou admirer les couleurs suffit à avoir ce sentiment de gêner le passage, tellement le mouvement est incessant et l'espace restreint.
Howrah Bridge fait la fierté de la ville. C'est un pont construit en 1943, pendant la Seconde Guerre Mondiale et qui est aujourd'hui surchargé par le trafic : voitures, bus, vélo, rickshaws, charrettes, piétons, tout le monde y passe !
Après quatre journées passées dans la ville, j’en suis parti avec un sentiment mitigé, dominé par une certaine frustration et un goût d’inachevé : j’ai la sensation que Kolkata a encore beaucoup à dévoiler, mais qu’elle réserve ses plus grandes richesses, culturellement parlant, à quiconque prend le temps de l’apprivoiser.