Carnet de voyage d'un Centralien parti étudier un semestre à l'IIT Delhi, puis faire un stage de césure de 6 mois à Delhi
4 Avril 2013
Pourquoi est-ce que je traite ce sujet ? Parce que c'est une des grandes questions de société qui se posent en Inde. Mais il y a beaucoup d'autres problématiques à traiter. Pourquoi ce sujet-là ? Tout simplement à cause du cours de sociologie de l'Inde. Dans le cadre de ce cours, nous devions faire un petit projet en groupe de cinq. Et pour mon groupe, le sujet était "Women in Indian society, balancing home and work". J'ai donc bien étudié le sujet, et rencontré des indiennes issues de différents milieux. Je trouvais alors intéressant de partager ça avec vous.
Interview d'une femme issue d'un milieu aisé. De gauche à droite, la femme interviewée, Roch, Kartik, Sachin, moi-même et Nitesh.
Je vous avais déjà expliqué, au début du semestre, que, en cours, les garçons et les filles ne se mélangeaient pas. S'il y a maintenant quelques exceptions, c'est toujours le cas. Et ça n'est pas interne à l'IIT, dans beaucoup d'endroit hommes et femmes sont séparés (par exemple dans les églises !). Dans certains lieux, cette séparation vise à protéger les femmes. Ainsi, dans le métro, il y a un wagon réservé aux femmes, et, dans chaque wagon, des places leur sont réservées. Ceci a pour but de leur éviter de devoir supporter les mains très baladeuses des indiens, qui ont tendance à ne pas se gêner lorsque les rames sont pleines à craquer. Ce côté agressif des hommes envers les femmes est assez problématique, et toutes celles que nous avons rencontrées, qu'elles viennent de milieu aisé, de milieu pauvre, ou qu'elle soit expatriée, ont peur de se promener seule dans la rue, en particulier après 18h, lorsque la nuit commence à tomber.
Interview d'une femme de la middle class. Les interview sont anonymes, et elle nous a demandé clairement de ne pas diffuser la photo, qui était cependant nécessaire pour le rapport. J'ai donc du flouter sa tête pour le blog ...
Ce problème de sécurité se retrouve dès le plus jeune âge, et, principalement dans les écoles des villages, il n'est pas très sûr d'y laisser sa fille. Cela mène à un manque d'éducation pour beaucoup d'entre elles (le nombre de garçons éduqués est bien plus important). Et tout le monde s'accorde à dire que l'éducation est le moyen qui serait le plus efficace pour améliorer la situation de la femme dans le pays. Mais sur ce point, les avis divergent. Si, pour les plus modernes des femmes, la meilleure éducation possible est la chose la plus importante, quitte à ce que la fille doivent quitter la maison pour aller dans une école éloignée, pour celles ayant une vision encore très traditionnelle, il est inconcevable que la fille vivent ailleurs que chez ses parents tant qu'elle n'est pas mariée, et privilégierons une école à proximité, même moins bien. D'ailleurs, de ce point de vue, la fille ne devrait pas travailler par la suite, mais s'occuper de la maison, des enfants, etc ... Au contraire, dans la vision moderne des choses, l'égalité homme-femme est essentielle, et la femme doit donc travailler tout comme son mari. De même, les taches ménagères doivent être partagées entre les deux membres du couple, ainsi que l'éducation des enfants. Ça n'est pas le cas dans les familles traditionnelles, et comme partout, il y a des grosses différences de salaire entre les hommes et les femmes.
Interview de cinq femmes dans un village pauvre dans la banlieue de Delhi. Mes parents étant à Delhi ce jour-là, je n'ai pas pu prendre part à l'expédition.
Quoi qu'il en soit, et même si l'on a parfois l'impression que l'Inde a un siècle de retard sur ce point (mariages arrangés, dot, la femme ne travaille pas mais s'occupe de la maison, etc ...), il est indéniable que la situation de la femme est en grande évolution dans ce pays, qui va chercher à s'inspirer des bons points du modèle occidental. Mais cette évolution est tout de même ralentie par les problèmes d'insécurité, de discrimination, et par le manque d'opportunité. Si l'éducation est la priorité, comme je l'ai déjà dit, il est aussi nécessaire de changer la mentalité des hommes vis-à-vis des femmes, et d'aider ces dernières à avoir des opportunités d'étudier et de travailler, afin que la femme puisse apporter autant au ménage que l'homme, ou tout du moins, si cet idéal n'est pas atteint (il ne l'ai pas forcément en France non plus), que la situation tende vers cette égalité.