Carnet de voyage d'un Centralien parti étudier un semestre à l'IIT Delhi, puis faire un stage de césure de 6 mois à Delhi
1 Juin 2013
Voici maintenant quelques jours que j'ai retrouvé le sol français, et mes petites habitudes ici, et il est maintenant temps de faire le bilan de mon semestre en Inde, des cours et de la vie à l'IIT aux nombreux voyages, en passant par la découverte d'une culture très différente de la nôtre.
Cruelle aux misérables, douce aux corrompus, elle grouille, vibre, enfle et dévore les imprudents qui gênent sa croissance. Pourtant, ceux qui goûtent trop longtemps à l'air vicié de ses rues défoncées ne peuvent plus s'en passer. Elle est une drogue. Et le lieu de tous les possibles
L'arrivée en Inde peut être un peu brutale, on y découvre une foule incroyable, des gens partout, du bruit, des klaxons, de la poussière, des chiens, vaches, cochons et singes sauvages se promenant dans les rues, des vendeurs cherchant à nous arnaquer, mais aussi des gens très accueillants, un beau campus vert et calme, d'autres étrangers en échange avec qui partager les premières impressions ... il y a de quoi se demander où est-ce que l'on est arrivé. Je me suis vite habitué à mon nouvel environnement, après avoir un peu rempli ma chambre, et ai pu profiter comme il fallait de ces cinq mois.
Il semble logique de commencer par parler des cours, c'était tout de même la raison de mon séjour sur le Sous-continent. Parti avec six cours différents, j'en ai lâché un après les Minor 1, puis un deuxième après les Minor 2 pour finir avec seulement quatre cours, le minimum que je devais valider. Malheureusement, cela ne signifie pas qu'il ne me restait que des cours "faciles". Petit récapitulatif :
- Introduction to Sociology of India : je commence par ce cours, car c'est le seul qui n'est pas scientifique. C'est le genre de cours que Centrale recommande de prendre, car il permet de découvrir plus en profondeur la culture du pays d'accueil. Nous étions d'ailleurs 10 étudiants étrangers (sur les 15 en échanges à Delhi) à suivre ce cours. Aucune difficulté pour valider, et l'occasion de rédiger en anglais, les examens consistants en de petites dissertations sur des questions de société. Très bénéfique !
- Computer Network : un cours de réseau bien plus intéressant que celui de deuxième année à Centrale, bien expliqué, et simple à valider. Un très bon cours, l'un des meilleurs de ma scolarité.
- Numerical Analysis : on y arrive ... les deux derniers cours étaient avec le même professeur, et donc présentaient les mêmes défauts. L'accent du professeur était assez prononcé, même les indiens ne le comprenaient pas toujours, et il fallait donc s'accrocher pour essayer de comprendre ce qu'il racontait. Heureusement, l'essentiel était au tableau, à condition d'écrire au même rythme que lui, car ça devenait rapidement un grand fouillis. Rajoutons à cela la partie la plus embêtante : ce prof aime donner du challenge à ses élèves, et ses examens sont donc extrêmement compliqués, les notes sont donc très basses, et il a vraiment fallu se battre pour valider le cours.
- Advanced Matrix Theory : idem que le cours précédent.
Je n'ai pas encore mes notes, mais ça devrait normalement passer, de justesse pour les deux derniers cours. Dans tous les cas, suivre des cours en anglais et découvrir un autre système d'éducation ne peut que m'avoir été bénéfique !
Les cours, ainsi que la vie sur le campus, m'ont permis de rencontrer des indiens, avec qui j'ai pu sympathiser. Cela m'a permis de mieux comprendre leur culture, et de m'immiscer plus profondément dans le pays. L'un de ces indiens, Pradeep, nous a même invités chez lui, dans un village à 200km de Delhi, et nous avons donc eu la chance de partager des moments avec sa famille, durant lesquels nous avons beaucoup échangé sur les différences entre nos deux pays. Ces échanges, avec cette famille indienne tout autant qu'avec mes camarades indiens de l'IIT, ont vraiment été très enrichissants.
Certains seront surpris d'entendre que la nourriture française ne m'a pas manqué tant que ça. Bien entendu, je n'aurai pas dit non à un bon steak ou un morceau de Beaufort, mais dans l'ensemble, j'ai vraiment apprécié la nourriture indienne, pleine de saveurs et d'épices, et d'une grande variété, malgré des ingrédients de base ne variant que peu. Tout réside en fait dans les sauces. En effet, la cuisine indienne, en plus du riz et des roti (ces fameux pains plats et rond), est principalement constituée de plats en sauce, à base de yaourt assaisonné de curry, cardamone et autres épices. Et les mélanges d'épices varient d'un cuisinier à un autre, ce que rend le même plat très différent d'un lieu à l'autre, et évite la monotonie des repas (je ne parle bien entendu pas du mess, mais nous dirions la même chose du RU en France). Et pour varier un peu plus, il arrivait, en particulier lors des voyages, que je prenne un plat occidental dans un restaurant "pour touriste", pour mieux revenir à l'indien par la suite !
En parlant des voyages, ce sont aussi en partie eux qui ont fait de ce semestre un séjour inoubliable en Inde. En effet, la possibilité de voyager tous les week-end, ou presque, m'a permis de découvrir différentes régions de l'Inde, toutes très différentes. Ces voyages m'ont permis d'avoir une vision assez complète de ce pays, qui ne se résume pas à la vie dans une grosse ville comme Delhi, mais aussi dans les villages, dans les zones touristiques, dans les montagnes ... Les voyages en train auront été les plus formateurs : nous y rencontrions des gens venant d'un peu partout, qui prenaient plaisir à échanger avec nous sur leur village, leurs coutumes, mais aussi sur notre pays et sur les raisons pour lesquelles nous sommes venus étudier dans leur pays. En effet, beaucoup ne comprennent pas que des occidentaux puissent être attirés par l'Inde autrement que pour le tourisme : ils considèrent leur pays comme non-accueillant, à cause de la misère et des conditions d'hygiène, principalement, et ne peuvent pas imaginer que nous puissions quitter notre confort pour venir étudier ici. Ces voyages auront également été l'occasion de forger les amitiés avec les autres étudiants en échange.
Au cours de ces cinq mois, j'aurais donc découvert beaucoup de choses, et je pense qu'un tel semestre à l'étranger, dans un pays si différent de la France, apporte énormément dans le développement personnel. Je suis vraiment tombé amoureux de ce pays aux multiples facettes, qui regorge de richesses, dont certaines sont bien cachées. Cinq mois, c'est court, trop court pour tout bien connaître. J'aurais bien aimé apprendre l'hindi, mais j'ai manqué de temps. Et c'est au moment où nous commencions à bien connaître les indiens, et à avoir des opportunités de week-end chez eux, que nous repartons pour la France. D'un point de vue touristique, si j'ai vu les principaux lieux en Inde du Nord, il reste un grand absent : Varanasi, que je n'ai pas pu visiter à cause des cours, que j'avais eus, exceptionnellement, le samedi du voyage. Mais j'espère bien retourner en Inde pour compléter ma connaissance du pays avec le Sud, ainsi que le Népal. Varanasi constituera alors peut-être une étape. Je compte bien aussi, dans l'éventualité d'une autre visite là-bas, rendre visite à quelques indiens. Dans tous les cas, je n'oublierai pas ce semestre et tout ce qu'il m'a apporter !