Carnet de voyage d'un Centralien parti étudier un semestre à l'IIT Delhi, puis faire un stage de césure de 6 mois à Delhi
17 Mai 2014
Est-il nécessaire de vous rappeler ce à quoi ressemble la conduite indienne ? C’est la première chose que l’on remarque en partant de l’aéroport, et j’en avais d’ailleurs parlé dès mon premier article sur place l’année dernière. Après tout ce temps passé dans le pays, je pense qu’il n’y a rien de tel qu’un petit recueil d’anecdotes pour illustrer la situation !
Je me dois de commencer par le trajet en taxi pour aller au mariage d’Anant, qui est à l’origine de cet article tant il aura été riche en émotions et en anecdotes. J’élargirai ensuite à d’autres anecdotes qui me sont revenues suite à ce trajet. Voici donc quelques règles de bonne conduite sur les routes indiennes :
Ne croyez surtout pas que ce premier point est exagéré ! Nous étions dans le taxi, en direction de Roorke, le lieu du mariage, nous venions de partir et étions donc encore dans la banlieue de Delhi, lorsque, à un carrefour, un policier se met au milieu de la route et nous fait signe de nous arrêter. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque le conducteur, au lieu d’obéir et de freiner, s’est mis à accélérer droit sur le policier ! Ce dernier a juste eu le temps de s’écarter afin de ne pas être percuté par notre véhicule qui n’a fait que l’effleurer avant de continuer sa route comme si de rien n’était, accompagné par les rires du chauffeur et de mes deux collègues … L’explication : les policiers sont probablement les personnes les plus corrompues en Inde, et s’arrêter à un contrôle, même sans être en situation irrégulière, aurait contraint le taximan à leur glisser un billet pour pouvoir repartir. Certains de mes amis indiens m’ont depuis confirmé que, dans ce genre de situation, il ne faut surtout pas s’arrêter mais bien accélérer. Assez incroyable !
Après l’incident du policier, qui m’avait mis dans le bain, et alors que le trafic était très dense à la sortie de l’agglomération, l’inévitable arriva : dans un carrefour, nous suivions un bus d’un peu trop près. Celui-ci, pour une raison quelconque, a dû freiner et, temps de réaction oblige (relisez votre code de la route, c’est bien expliqué), la partie avant droite de notre voiture est venue s’empêtrer dans la partie arrière gauche du bus. Nous n’avancions vraiment pas vite (moins de 10km/h) donc il n’y pas eu de gros dégâts, mais le phare avant droit était explosé, et la carrosserie bien enfoncée. Concernant le bus, il était impossible de dire s’il y avait une nouvelle marque tant celui-ci était déjà abimé. Et le plus drôle dans cette histoire, c’est que ça n’a fait réagir personne, chacun a continué sa route sans le moindre échange : ce genre de petit accrochage est banal ici, et ne fait pas l’objet d’un constat amiable ou autre dispute entre les protagonistes.
Moins d’une heure après le départ du boulot, le conducteur du taxi est véritablement devenu un danger public à mes yeux suite à un troisième évènement notable, bien que celui-ci soit on ne peut plus classique ici, et que ce n’était pas la première fois que je faisais face à cette situation. Après avoir fait le plein, il fallait regagner la deux fois deux voies avec terre-plein central. Mais pour partir dans le bon sens, il fallait d’abord aller jusqu’au rond-point suivant et faire demi-tour. Quelle drôle d’idée, le chauffeur a trouvé une bien meilleure solution : il est bien plus rapide et économique de prendre la route en sens inverse jusqu’à la prochaine intersection où l’on pourra se remettre dans la bonne file. Et nous voilà donc partis, à croiser des voitures et motos roulant à toute allure (au moins 50km/h, peut-être même 70, ce qui est remarquable en Inde) mais aussi des vélos et mobylettes, ces derniers roulant logiquement le plus à gauche possible (pour ceux qui ne le sauraient pas, les indiens roulent à gauche), c'est-à-dire sur la même voie que nous ! Et parce que le but était de gagner du temps, nous n’allions pas rouler au pas, et les vélos étaient donc obligés de faire des écarts très dangereux pour ne pas nous percuter.
Assez pour un seul trajet, me direz-vous ! Que nenni, une heure plus tard (le trajet était de 3h), alors qu’il faisait nuit et que nous roulions tranquillement sur la voie rapide, le chauffeur, à la vue d’un car arrêté un peu plus loin, a eu la bonne idée de ralentir. Et ce n’est qu’au tout dernier moment, au moment de passer à côté de ce dernier, que nous avons vu au beau milieu de la route bon nombre de passagers du car qui regagnaient tranquillement leur véhicule sans se soucier le moins du monde des éventuels véhicules lancés à 70 km/h sur la route même sur laquelle ils se trouvaient. Contrairement aux trois remarques précédentes, notre chauffeur n’est pas à blâmer ici, et il a au contraire eu le bon réflexe de freiner à l’approche du car, ce qui a peut-être permis d’éviter un drame.
Si l’aller pour se rendre au mariage d’Anant a été riche en émotions, le retour s’est passé sans incident particulier, si ce n’est que nous nous sommes retrouvés coincés dans des bouchons à 3h du matin, ce qui peut sembler assez surprenant. En fait, afin de fluidifier le trafic dans Delhi et sur certains axes principaux, les camions y sont interdits la journée et ne peuvent transiter que la nuit. Et je peux vous assurer que cela crée des bouchons autrement plus importants. La raison est simple : personne ne respecte aucune règle aux carrefours, donc des véhicules se retrouvent bloqués au milieu du carrefour et bloquent les autres voies. Avec des voitures, il est possible de s’en sortir, mais avec des camions, cela est juste impossible. Heureusement pour les voitures qui se retrouvent dans un bouchon de camions, il est toujours possible de doubler ces derniers en roulant … dans le bas-côté ! C’est très mauvais pour les pneus et pour les suspensions (et pour le dos également) mais c’est assez efficace. Sensations garanties pour quiconque veut passer une nuit de folie !
Cette anecdote ne date pas du mariage d’Anant mais de quelques semaines auparavant. Pour remettre les choses dans leur contexte, après le boulot, je rentre chez moi avec le directeur, en voiture. Entre le bureau à Noida et mon appartement à Delhi, il y a une portion rapide à péage, une deux fois quatre voies. Et bien entendu, à 18h30, lorsque nous la prenons, la circulation y est très dense, heure de pointe oblige. Cependant, si la circulation dans Delhi peut être complètement bouchée, cette portion de route circule toujours plutôt correctement, grâce au côté payant qui limite son utilisation. C’est pourquoi nous avons été surpris, un soir, de nous retrouver dans des bouchons assez énormes à cet endroit-là … La raison, nous l’avons découverte quelques dizaines de minutes plus tard à avancer au pas, était la tenue de travaux sur la voirie qui condamnaient deux voies sur quatre ! Forcément, à une heure pareille, pas de miracle : cela crée des bouchons. Mais le plus frustrant était le fait que non, ce n’était pas du retard pris sur des travaux commencés dans la journée, mais bien le début des travaux, à l’heure où la circulation est maximale … Quelle drôle d’idée !
Je finirais en relatant un accident dont j’ai été témoin mi-avril, alors que je me promenais dans Delhi avec Dinesh. Nous observions un temple assez imposant et, pour avoir suffisamment de recul, nous nous étions placés de l’autre côté d’un gros rond-point. Et là, devant nos yeux, une voiture a accroché un richshaw de manière assez légère mais ce dernier, preuve que ces véhicules à trois roues ne sont pas bien lourds ni stables, s’est couché sur la chaussée, avec à son bord un couple et leur petit bébé. Heureusement, aucune voiture ne le suivait de près, ce qui a évité qu’il ne se fasse rentrer dedans, ce qui aurait pu entrainer des conséquences bien plus graves. Toujours est-il qu’en voyant ça, tous les indiens présents sur le trottoir, sans exception, se sont précipités vers le véhicule retourné pour le redresser. L’intention était là, le cœur aussi, si bien qu’aucun d’entre eux n’a eu la bonne idée de vérifier qu’il n’y avait pas de véhicules sur le rond-point. Bien entendu, il y en avait, et les conducteurs ne regardaient que vaguement la route, le regard attiré par le rickshaw couché. J’ai bien cru que quelques indiens allaient se faire renverser, mais il n’en fut rien, bien heureusement. De mon côté, j’ai immédiatement rangé mon appareil photo et suis également allé donner un coup de main, mais tout en m’assurant de ne pas me faire écraser en traversant ! Et tout le monde était ravi de voir que personne n’était blessé, si ce n’est une main légèrement écorchée pour l’homme de la famille, qui était côté route et a surement essayé de se protéger avec. Cela va sans dire, la voiture responsable de l’accident n’a pas eu la décence de s’arrêter suite à l’accrochage, et a continué sa route sans se soucier le moins du monde du sort du rickshaw-waala et de ses passagers …
Oserez-vous, après avoir lu cet article, monter à bord d’un rickshaw ou d’un taxi ? La réponse est : OUI ! Tout d’abord parce que vous n’aurez pas le choix, et aussi et surtout parce que vous aurez remarqué que, dans chacune de ces situations, au final, il y a eu plus de peur que de mal. Certes, la conduite en Inde est assez incroyable, et si un léger accrochage était comptabilisé comme un accident, il y en aurait un nombre tout simplement gigantesque. Il suffit de regarder les pare-chocs des voitures, rickshaws et autres bus pour s’en rendre compte. Mais le mauvais état des routes et le trafic infernal empêchent les véhicules de rouler vite, la vitesse moyenne sur un long voyage étant de 50km/h ! Cela a pour principal effet de réduire les conséquences des accidents, ainsi que le nombre d’accidents lui-même. Et si vous êtes sensibles à cela, il existe une solution : mettez des écouteurs avec de la musique, fermez les yeux et perdez-vous dans vos pensées, vous ne vous rendrez compte de rien !