Carnet de voyage d'un Centralien parti étudier un semestre à l'IIT Delhi, puis faire un stage de césure de 6 mois à Delhi
26 Mars 2014
Ne pas voyager les week-ends n’est pas incompatible avec le fait de tenir mon blog à jour. Certes, vous n’aurez une nouvelle fois pas le droit à des photos dans cet article, mais cela me permet de traiter de sujets de sociétés tout aussi passionnants !
Et il est temps d’aborder le mariage, sujet qui a toujours tendance à surprendre les occidentaux, mais aussi certains indiens, en particulier chez les jeunes. C’est un sujet que je voulais vous proposer l’année dernière, mais j’avais le sentiment de manquer d’éléments, n’ayant fréquenté que des étudiants. Mes collègues de bureau, bien que plutôt jeunes (entre 25 et 30 ans) sont tous mariés, et j’ai donc eu l’occasion d’en discuter avec eux. Ce petit article ne prétend pas faire face à toutes les problématiques autour du mariage en Inde, mais a pour but de vous donner une idée générale de la chose.
La plupart des indiens étant hindous, les mariages, pour la grande majorité, et même pour les autres religions, restent ancrés dans cette culture. Si le mariage en France est souvent une grande fête, les indiens s’élèvent à un niveau supérieur. Je n’ai malheureusement pas eu l’occasion d’assister à un mariage en Inde, mais il paraît que ça fait parti de ces choses à vivre : la fête dure plusieurs jours, avec à chaque fois un rite bien particulier, de la musique et du monde ! Et oui, pour son mariage, on invite vraiment tous ceux que l’on connait, et un mariage avec 600 invités n’est pas considéré comme un gros mariage ! Je vais prendre l’exemple d’Amit, un collègue qui s’est marié il y a trois mois : il m’a expliqué qu’il avait invité tous le monde à ACTIA ainsi que dans son ancienne boite. Vous l’aurez compris, le mariage est ici un évènement d’une ampleur incroyable !
Mais le mariage, ce n’est pas que la fête qui va avec. Et la position des indiens par rapport au mariage est assez différente de la culture occidentale, en particulier quant au choix du mari ou de la femme. La situation la plus fréquente, et culturellement admise, est celle selon laquelle les parents présentent à leur enfant leur(e) futur(e) mari (femme) sans que ceux-ci n’aient vraiment leur mot à dire. Ceci est peut-être très légèrement exagéré, mais à peine. Revenons-en au cas d’Amit. Il s’est donc marié il y a trois mois. Je lui ai alors demandé depuis quand il connaissait sa femme, il m’a répondu que ça faisait six mois ! J’ai donc voulu en savoir plus sur le « process » pour son mariage. Il faut savoir que son récit s’applique à une grande majorité des mariages en Inde, et que vous en aurez donc une vision assez réaliste. Ce sont ses parents qui ont trouvé une femme potentielle, et qui la lui ont présentée. Amit et sa future femme ont alors été amenés à discuter pendant trente minutes, à peine plus, avant de donner leur décision : ils avaient tout de même le droit de refuser de se marier si le courant ne passait pas du tout. Toujours est-il qu’il est impossible de vraiment connaître quelqu’un en trente minutes, et dire « oui » ne signifie pas « nous allons essayer et voir si ça fonctionne, puis nous prendrons une décision » mais vraiment « nous allons nous marier » sans retour en arrière possible. Amit m’a expliqué qu’il n’était pas inquiet, car si ses parents lui présentaient cette fille, cela voulait dire qu’elle était de la même caste, de la même communauté, et qu’elle était « clean ». Les sentiments ne rentre finalement pas vraiment en compte dans le mariage en Inde, au contraire du « mariage d’amour » occidental (n’oublions pas que ça n’a pas toujours été le cas), mais cela ne pose pas de problème, même aux futurs mariés, dans la plupart des familles.
Mon semestre à l’IIT l’année dernière me permet de nuancer mes propos, et de ne pas complètement généraliser. Tout d’abord, je dois bien admettre que la plupart de mes amis sur le campus suivront le modèle classique du mariage tel que présenté ci-dessus. L’un d’entre eux m’a d’ailleurs expliqué, alors que je lui demandais s’il pensait que c’était sérieux avec sa copine, que « non, là je peux avoir une copine, et je l’aime, mais je sais qu’on se séparera et que ce sont mes parents qui choisiront ma femme ». Mais il y a aussi de nos jours des jeunes issus de familles plus ouvertes, dans différentes mesures. Dans un ordre d’ouverture croissant, voici trois différentes versions, concernant trois différents indiens. Le premier d’entre eux m’a expliqué que ses parents lui présenteront plusieurs femmes potentielles, et il pourra choisir celle qui lui convient. Je trouve ceci assez dégradant pour les femmes, qui elles n’ont pas leur mot à dire. La deuxième situation, qui commence à se produire de temps en temps, laisse plus de liberté, un ami m’expliquant qu’il pourrait présenter lui-même une femme potentielle, et les parents donneront ou non leur feu vert. Si, dans la pratique, la fille vient forcément de la même caste et de la même communauté que le garçon, il y a tout de même une liberté assez importante en comparaison aux situations traditionnelles. Enfin, la dernière situation, très rare, et que l’on ne trouve que chez les familles très occidentalisées, consiste à laisser libre son enfant de choisir, sur notre modèle. Bien entendu, ce sont des jeunes qui rencontreront des personnes de milieu similaire, voire qui iront étudier en Europe ou aux USA et se marieront avec un étranger, et ça ne représente qu’une petite minorité, mais je tenais à signaler que ça existait.
Le dernier point que je voudrais soulever est la place de la femme dans ces mariages. Comme vous l’avez remarqué, c’est l’homme qui a le choix, lorsque celui-ci existe. Bien entendu, la famille de la fille a son mot à dire, mais la fille n’a souvent pas vraiment le choix. Il faut savoir par ailleurs qu’un couple indien (dans le cas d’une famille traditionnelle encore une fois) n’habite pas tout seul, mais va vivre dans la famille du mari. La femme, au contraire de son mari, ne verra donc plus sa famille au quotidien, à moins d’une très grande proximité des deux familles. Cet aspect, qui peut sembler étrange, est ici très ancré dans les esprits, et Amit, encore lui, m’a avoué ne pas comprendre pourquoi, chez nous, les couples s’installent dans leur propre appartement et ne restent pas dans le foyer familial.
Je n’évoquerai pas ici certains aspects, comme la dot (bien que cette pratique soit officiellement interdite), qui entourent de nombreux mariages. Loin de moi l’idée de vous cacher cela, mais c’est juste que je ne dispose pas de suffisamment d’informations à ce sujet pour être aussi proche de la réalité qu’il le faudrait, et je ne voudrais pas dire de choses fausses ou issues de préjugés. Toujours est-il que le mariage est toujours un sujet de conversation très intéressant à aborder avec des indiens, de part les différences très importantes avec la culture occidentale qui a aussi ses défauts, ne l’oublions pas !